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  Je voulais profiter du temps relativement agréable de ces derniers jours pour vous parler de choses obscures, crasseuses, suintantes. De choses occultes. De ce que, prisonnier volontaire des longues avenues bien proprettes de notre jolie ville, l’on ne voit pas — où que l’on n’ose pas voir. Car il en est ainsi entre Loire et Cher comme dans bien des endroits moins recommandables. Ce que le passant ignore ne peut lui nuire, et a fortiori, ce que le touriste ne sait, il ne le cherchera point et dépensera son argent ainsi qu’il le doit — abondamment et avec une insouciance adorable.

Ainsi, en contournant la blanche façade de la cathédrale Saint-Gatien, on arrivera bien vite… derrière icelle.
Qu’y trouvons-nous alors ? Je vous le demande.
Point de cour des miracles jonchée de cartons, point de détritus entassés.
Point de junkies défoncés en quête de quelque paradis psychédélique ou de jeunes désœuvrés occupés à vider des bouteilles d’alcool industriel dans la chaleur d’un jour de mai finissant.
Point non plus de meute de chiens errants souillant le pavé d’urine et fèces — ici, les bêtes de race pure et de taille réduite se chargent très bien seules de miner les trottoirs d’étrons gigantesques.

  Je pourrais être verbeux et vous décrire longuement les quelques maisons coquettes à l’ombre du monument, les petits jardins et quelques cours derrière l’antique rempart, enclaves pittoresques couvertes de vigne vierge d’un vert éclatant, îlots de verdure campagnarde dans la ville poussiéreuse.
Je pourrais en rajouter encore un peu et vous raconter que sur les murs, entre les pierres, des touffes d’herbacées tendent vers le soleil en pleine chute leurs hampes orgueilleuses de fleurs jaunes, et des fougères déroulent leurs larges feuilles gorgées de l’humidité du tuffeau.
Mais ce n’est pas mon style, alors je vais juste vous dire que c’est très joli. Si si, vraiment.

Et puis, une fois que le regard termine de flâner, il se pose sur le cul de la cathédrale. S’il avait été aussi immaculé que la façade, j’aurais parlé du chevet, mais un tel état de saleté ne mérite pas d’autre nom.
Le cul de la cathédrale, donc, ôterait à n’importe qui l’envie de le photographier. Brun-gris de crasse accumulée, il semble boire une lumière pourtant bien présente à cette heure — pour le style, je parlais de jour finissant, mais il était quoi ? Allez, 17h à tout casser, et il faisait plutôt beau.

Ledit cul de Saint-Gatien

Ledit cul de Saint-Gatien

De l’extérieur, les vitraux sont noirs de poussière, et les coins des murs mangés de mousses sombres. La vue n’est pas glorieuse pour les habitants des environs.

Et voilà, que vous disais-je ?

Et voilà, que vous disais-je ?

La place est vaste à l’arrière de la cathédrale, mais toujours vide. J’y croise rarement plus d’une autre personne.
Inutile de se demander pourquoi : l’ombre du calcaire repoussant de saleté dissuade le badaud qui préfèrera s’attarder sur le parvis immaculé.

Et c’est un tort, car les éléments architecturaux du côté pile sont loin d’être inintéressants.

Ceci par exemple.

Ceci par exemple.

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